Illustration d'un parcours de PMA

Ma précieuse grossesse 

Le bonheur, enfin !


4 décembre 2013, 8h30. 
Après plus de 24 heures de travail, je te tiens enfin dans mes bras, mon bébé arc-en-ciel. Tu t’appelleras Charles.

Après le drame, l’espoir


Trois ans plus tôt, dans ce même hôpital, je donnais naissance à Éole, mon troisième fils. Toute la famille était prête à l’accueillir. Sa chambre l’attendait, son berceau, ses petits vêtements et son doudou. Comme dans tous les rêves de maman.
Mais ce jour-là, le rêve a viré au cauchemar, brisant tous mes espoirs. Mon bébé n’a pas survécu à l’accouchement. Je n’ai même pas pu le serrer dans mes bras, dire au revoir à mon petit garçon.

Perdre mon bébé a été un drame d’une violence inouïe. Comme c’était difficile de continuer à vivre, à m’occuper de mes aînés, envahie par cette douleur fulgurante et incessante…
Je pleurais nuit et jour, inconsolable, lorsqu’une décision s’est imposée à moi : je voulais un autre enfant. Non pas pour remplacer celui qui était parti, mais plutôt comme un espoir, une tentative de prouver que la vie peut continuer après la mort. Je voulais vivre, et non survivre. 

Personne dans mon entourage n’a compris ma décision. On me considérait comme déraisonnable, on me croyait folle. J’avais 40 ans et déjà 2 enfants bien vivants, pourquoi en vouloir un autre ? Incompréhension totale.  Aujourd’hui encore, j’en garde de l’amertume. Proches ou amis, aucun n’a cherché à comprendre, et je n’ai reçu aucun soutien de leur part. Je me suis isolée, repliée sur moi-même, submergée par la souffrance.
J’étais déprimée, sans cesse en pleurs, et j’avais 2 garçons encore jeunes dont il fallait s’occuper, mais pour moi ce nouvel enfant symbolisait la vie, un espoir nécessaire. Et c’est de cela dont j’avais besoin plus que tout. Alors j’ai convaincu mon conjoint, et nous nous sommes lancés dans ce projet un peu fou, mais tellement salvateur.

Très rapidement, j’ai compris que je ne tomberais pas enceinte naturellement. Le traumatisme de la perte d’Éole était trop présent, mon corps refusait de coopérer. J’avais besoin d’un coup de pouce.

Voilà comment, à 40 ans passés, je me suis retrouvée au cœur d’un parcours de procréation médicalement assistée, transformée en objet de soins, tournée 7 jours sur 7 vers l’espoir d’une nouvelle grossesse qui me raccrocherait à la vie.

Un parcours de combattant


C’est à l’hôpital de Lilli que j’ai rencontré l’homme qui a permis ce miracle. Un gynécologue merveilleux, profondément humain, qui m’a apporté un soutien sans faille du début à la fin. Mes yeux se remplissent de larmes à l’évocation de cet homme exceptionnel. Je lui dois tellement, lui qui s’est montré disponible du début à la fin de mon parcours, à la fois témoin et complice de mon désir acharné de grossesse. À chaque étape, à chaque déception, il était là, bien plus qu’un médecin, un soutien indéfectible dans ce parcours du combattant.

Se préparer à une fécondation in vitro n’a rien d’une partie de plaisir :  stress, douleur, espoir et désespoir… pendant plus de 2 ans mon quotidien s’est apparenté à des montagnes russes. Autour de moi, mon conjoint et mes deux garçons avaient bien compris l’enjeu de cette grossesse tant désirée. Tous les trois me soutenaient à leur façon, autant qu’ils pouvaient, et moi je continuais à pleurer, dans une ambivalence permanente. Je souhaitais tomber enceinte, bien sûr, mais le souvenir d’Éole se dressait face à moi et m’empêchait d’avancer, j’en avais bien conscience.

Pourtant je supportais avec détermination les examens quotidiens : les piqûres brûlantes, les échographies, les prises de sang, les effets indésirables du traitement hormonal, les rendez-vous à l’hôpital, etc. La PMA est une activité à temps plein qui n’offre aucune pause.

Ma vie tournait autour des résultats de ces examens et des allers-retours dans plusieurs hôpitaux de la région. Pas de week-end, pas de jours fériés, nous devions toujours être prêts pour un éventuel prélèvement. À 6 reprises je me suis retrouvée dans un bloc opératoire, entourée de professionnels qui auraient pu être des collègues. Et à 6 reprises j’ai enduré les douleurs de la ponction, sans anesthésie par peur que quelque chose se passe mal. Moi qui avais si souvent été de l’autre côté de la scène, j’expérimentais le rôle inconfortable du patient dans l’ambiance impersonnelle et froide d’une salle d’hôpital. Je serrais les dents pour supporter la douleur, avec une seule idée en tête : tomber enceinte.

Début 2013, l’angoisse était à son comble. J’allais avoir 42 ans et j’avais déjà bénéficié de 5 fécondations in vitro. J’atteignais la limite d’âge, et il me restait une ultime tentative pour concevoir ce bébé tant espéré. Ma vie était comme suspendue à cette dernière chance, ce dernier espoir.

L’incroyable nouvelle


19 avril 2013. C’est aujourd’hui que s’achève ce parcours du combattant. Ce jour-ci revêt une importance capitale. J’attends les résultats de ma dernière FIV. 
Tristan et Alix m’ont maintenue en vie jusqu’ici. Obligée de m’occuper d’eux, je leur dois de continuer à avancer malgré la dépression qui me maintient dans les méandres de cette souffrance incommensurable. Mais j’évolue dans l’obscurité d’un long tunnel, sans percevoir de lumière tout au bout. Je prends soin d’eux autant que possible, mais la mort d’Éole dresse un obstacle quasi insurmontable devant notre avenir. Cette grossesse serait un espoir pour nous tous : l’espoir de la vie qui redémarre, l’espoir d’un sourire sur mes lèvres, l’espoir de la joie retrouvée pour toute la famille.

Toute la matinée je tourne en rond. Nous prenons l’air avec mon conjoint. Je porte autour du cou une écharpe grise et blanche, achetée pour Éole. Elle m’accompagne depuis tout ce temps, tel un lien nécessaire avec mon fils envolé.

Comme pour chacune des FIV, j’attends fébrilement l’appel du gynécologue. La matinée a été interminable, noyée dans un stress absolu. C’est ma dernière chance, je le sais.
Il est midi et le coup de fil n’arrive toujours pas. Chaque minute qui passe fait monter mon stress d’un cran supplémentaire. Le gynéco n’ose pas m’appeler, c’est sûr, ça a encore raté… je dois en avoir le cœur net. Alors je prends mon courage à deux mains et je compose le numéro du cabinet. Il n’a pas encore pris le temps de regarder mes résultats. Soulagement doublé d’angoisse. Comme ces minutes sont longues !
J’attends, le cœur palpitant, sans trop d’espoir. Il consulte mon dossier me dit-il. Moi je pense qu’il gagne du temps, qu’il ne sait pas comment m’annoncer la mauvaise nouvelle…
Et puis tout à coup il lâche :
– c’est bon.
– Comment ça “c’est bon” ? C’est-à-dire ? 
Est-ce qu’il est sur mon dossier, a-t-il lu les résultats ? est-ce qu’il peut préciser ?
– Oui, c’est bon, c’est positif.
– c’est-à-dire “positif” ?
Je n’arrive pas à comprendre, à réaliser ce qui se passe.
– c’est bon, ça a marché, vous êtes enceinte.
Et il répète en boucle ces quelques mots qui font basculer ma vie, conscient que je ne parviens pas à y croire.
Je suis sidérée, dans un état second. Je me sens submergée par une euphorie intérieure teintée d’inquiétude, et je suis incapable de libérer cette joie qui m’emplit soudainement.

Je pense aux garçons qui sont à l’école et qui attendent impatiemment l’heure de la sortie. Ils étaient tellement excités ce matin ! J’ai envie de partager ce moment avec eux, qui ont supporté toute cette lourdeur depuis le début. Encore quelques heures et nous pourrons enfin nous réjouir en famille…
Arrivée devant l’école, je n’ose toujours pas laisser s’exprimer mon bonheur et mon soulagement. Eux ne demandent rien, se contentant de serrer mes mains dans les leurs en attendant que je parle. Il faudra plusieurs minutes, et l’intimité de la voiture qui nous réunit, pour qu’enfin ma joie explose face à leur impatience, les contaminant instantanément, et provoquant cris de joie et excitation incontrôlables. Les passants qui nous ont vu ce jour-là ont dû se demander quelle mouche nous avait piqués ! 
12 ans plus tard, chaque 19 avril nous continuons à nous remémorer ce moment magique où nos vies ont basculé. Nous partageons ce délicieux souvenir  avec Charles, qui ne peut que constater le cadeau qu’il nous a fait en s’invitant dans notre famille.

Ma grossesse précieuse 


Après trois ans d’écrasement, la chape de plomb se soulève donc enfin, révélant l’espoir d’une vie qui reprend son élan. Je respire et je regarde devant moi pour la première fois depuis longtemps.
Cette grossesse tant attendue ouvre une porte vers l’avenir, auparavant verrouillée par le décès d’Éole. Peu à peu, je vais percevoir sa présence à mes côtés, et non plus face à moi. Il prendra sa place, entière, intime, mais il ne m’empêchera plus d’avancer. À partir de maintenant, nous cheminerons ensemble, côte à côte, main dans la main. 

Mon nouveau challenge consiste désormais à mener cette grossesse à terme. Étant donné mon âge et mes antécédents, il s’agit d’une grossesse à risques. Mais le gynécologue se montre rassurant. Ma grossesse est qualifiée de “précieuse”, tant elle a été difficile à mettre en route, et je serai surveillée de près pour prévenir tout problème.

Si l’annonce de cette merveilleuse nouvelle a relégué au second plan toutes les douleurs liées au parcours de PMA, le stress reprend le dessus à la moindre occasion. Malgré les paroles rassurantes du gynéco, je suis assaillie de peurs et de doutes, et les événements qui jalonnent ma grossesse ne m’aident pas à me détendre. J’apprends d’abord que je suis enceinte de jumeaux, puis, au bout de 5 mois, qu’un des fœtus ne se développe pas correctement. Le sort semble s’acharner, mais finalement le deuxième bébé s’accroche. De mon côté, je m’affaiblis de jour en jour. Je ne parviens pas à manger quoi que ce soit depuis le début de cette grossesse, à part quelques fruits et légumes : tomates, melon et pamplemousse constituent mon régime alimentaire pendant ces 8 mois. Je suis amaigrie, anémiée, épuisée. Par ailleurs, nous approchons de la date de naissance d’Éole. Alors trois semaines avant le terme, le médecin décide de déclencher l’accouchement.

Une fois de plus, rien ne se passe comme prévu. Mon organisme est faible, en souffrance, usé par ces années de douleurs.
Il faudra plus de 24 heures pour que je puisse enfin te tenir dans mes bras, mon  bébé arc-en-ciel, toi qui redonnes de l’éclat à nos vies.

Je voudrais savourer cet instant, oublier tout le stress, l’attente et les douleurs, mais ce n’est pas encore le moment. Je t’observe : tu respires, mais tu geins, exténué tout comme moi après ce long combat vers la lumière, le bout du tunnel. Tu es vivant et vigoureux, mais l’inquiétude du médecin ne nous laisse pas de répit.
J’essaie de me défaire de toute l’inquiétude qui a rythmé ces longs mois, ces années, mais déjà on vient t’arracher à moi, ravivant mes angoisses qui ne se tiennent jamais très loin.
J’attendrai encore quelques jours pour prendre soin de toi et pour te retrouver en bonne santé, prêt à croquer la vie de toute son énergie.

Un avenir à construire


Mon inquiétude concerne désormais ton éducation, ta place, ton avenir. Comment accueillir pleinement un enfant après ce douloureux passé ? Comment te faire comprendre que tu n’es pas un enfant de remplacement, mais que tu es né d’un véritable désir de vie dans mon cœur de mère ?
Les paroles des professionnels me guident et me rassurent : ma détermination et ma persévérance sans faille dans ce douloureux parcours sont la preuve incontestable que mon fils est un enfant de l’amour. Mes doutes peuvent se dissiper. 

Désormais mon fils est là, comme un pied de nez à tous ceux qui n’y croyaient pas, tous ceux qui n’ont pas cherché à comprendre pourquoi j’avais tant besoin de lui, tous ceux qui m’ont pris pour une folle. 

Récit du parcours de PMA de Céline

Vous aussi souhaitez témoigner de votre expérience de la maternité ?

Consultez ma page Biographies et récits de vie pour répondre à vos premières questions

Publications similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *